Aparté

 

Comme beaucoup de confrères cinéastes, photographes et autres sculpteurs ou artistes naturalistes, j’ai une légère préférence pour le blaireau…

Robert Hainard disait de lui « C’est le culte de l’ours ramené aux dimensions de notre nature… »

Chaque affût, qu’il soit « payant » ou non, est toujours un moment de communion avec la nature, un moment ou tout mon être suit son rythme, d’abord la lumière qui baisse, la nuit qui s’installe et tout ces sons qui disparaissent et apparaissent les uns après les autres dans un ordre très défini.

Puis, parfois, enfin, l’animal. Ses grattements, sa respiration, sa silhouette, ces frissons qui chaque fois me donnent l’impression de le voir pour la 1ere fois…  Oui le blaireau est vraiment un animal avec lequel j’ai une certaine « affinité » !

Récit d'affut

« Voilà 3 jours que je surveille ce terrier, des traces fraîches l’entourent, mais depuis 3 soirs d’affût, rien ! Pourtant dans la nuit d’hier, une grosse quantité de terre a été sortie du trou. Ce soir, je suis arrivé un peu plus tôt, il fait un peu frais. J’aime bien ces minutes qui précèdent le coucher du soleil, l’ambiance sonore est rythmée comme du papier à musique.

            La lumière commence à baisser, les mésanges les premières stoppent leur mélodie, ensuite c’est au tour du rouge gorge d’arrêter la ritournelle. Un merle lance un dernier trille bruyant qui me fait sursauter puis se tait lui aussi.

            De longues minutes sans rien, tout semble vide, ce passage de témoin entre le jour et la nuit semble parfois vierge de toute vie. Mes oreilles sont aiguisées au point d’entendre un escargot qui broute derrière moi, dans le lierre.

            Je suis sorti de ma torpeur par des bruits de pas, je tourne ma tête comme une chouette pour identifier la direction du son. Un long frisson parcourt mon échine, j’aime cette sensation d’appartenance au monde sauvage…Ces bruits de pas se rapprochent, c’est sûrement lui, le son est fort, le pas semble lourd, il s’approche encore … et … à 50 cm de moi je vois sortir du roncier, un mulot ! Comment une bestiole de 15 grammes peut elle faire autant de bruit… ce n’est pas la première fois que je me fais avoir, ce silence environnant déforme ma perception des sons…

            Le silence n’attend plus qu’une chose, être réveillé par le bruit de la bête.

            Il me faut patienter encore 15 bonnes minutes avant de capter le premier son qui trahira sa présence. Un reniflement m’indique qu’il est là, à l’entrée de son terrier. J’aperçois à peine une silhouette bouger. Ca y’est, il est là ! Comme à chaque fois, une espèce de surprise m’envahit, comme si c’était la première fois que je vivais cette rencontre…

 

            Cette fois il est sorti du trou, s’est installé sur sa « terrasse » et commence une longue séance de grattage,  toute l’atmosphère sonore s’emplit tout à coup, comme si le silence imposé par l’arrivée de la nuit pouvait être rompu.

            Je sens l’animal en confiance, je me sens tout à coup moi aussi plus à l’aise, mon corps un peu tendu jusqu’alors pour ne pas me faire entendre, se permet quelques mouvements pour apprécier au mieux l’instant.

            Pour le reste, à vrai dire, je n’ai plus qu’à tendre l’oreille, la vue prend ici un rôle second, c’est le bruit de l’animal qui me racontera une partie de son déambulement nocturne. Le voir est juste un petit bonus, mais l’essentiel reste le moment de communion avec le monde sauvage… »